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Gardez-vous d'investir dans l'industrie automobile

Résistez à la tentation : malgré la chute de leurs titres et l'intérêt accru d'investisseurs activistes, les constructeurs automobiles ne sont pas près d'effectuer une remontée en Bourse.

Les experts que nous avons consultés ne prévoient pas de reprise des ventes d'automobiles à court terme. De plus, ils s'inquiètent du retard des constructeurs américains dans le créneau des véhicules économiques. Ils restent donc de glace malgré la baisse du cours des actions.

Une industrie risquée sur laquelle plane beaucoup d'incertitude

La situation économique aux États-Unis les préoccupe particulièrement, puisque le pays continue de dominer le marché mondial de l'automobile. De sorte que le ralentissement aux États-Unis fait également mal aux constructeurs européens et asiatiques.

" Il y a encore beaucoup de mauvaises nouvelles à venir ", estime Denis Durand, associé principal chez Jarislowsky Fraser.

Le consommateur américain est très endetté, souffre du prix élevé du pétrole et reporte ses achats importants. " Il n'a tout simplement pas de capital disponible pour l'achat d'une nouvelle voiture ", explique M. Durand.

La faiblesse des taux d'intérêt au cours des dernières années a amené de nombreux consommateurs à acheter un véhicule neuf, qu'ils peuvent donc conserver quelques années. Par ailleurs, la chute des valeurs de revente décourage le remplacement des véhicules énergivores par des voitures économiques, explique M. Durand.

David Whiston, analyste chez Morningstar, déconseille lui aussi d'investir rapidement dans les titres des constructeurs. " Il n'y a pas de mal à attendre. Pour le moment, ça équivaut à tenter de saisir un couteau qui tombe. "

Il déplore l'incertitude qui plane sur l'industrie, surtout sur Chrysler. Sa mise en faillite, un scénario possible selon M. Whiston, créerait des remous chez les autres constructeurs et les fabricants de pièces. Il s'inquiète également d'une éventuelle récession aux États-Unis. " Les évaluations des titres ne tiennent pas entièrement compte de ce scénario ", prévient-il.

Pour Alain Chung, vice-président exécutif et gestionnaire chez Claret, les titres des constructeurs automobiles n'offrent pas de belles occasions aux investisseurs individuels, même si leur évaluation en fonction du bénéfice semble intéressante.

Les prochaines années seront marquées par une forte consolidation, croit M. Chung. Or, l'actionnaire moyen ne peut influer sur ces transactions, contrairement à des activistes comme Carl Icahn et Kirk Kerkorian, et en sort donc le plus souvent perdant.

Bruce Kent, gestionnaire de portefeuilles pour le Groupe Bruce Kent, chez RBC Dominion valeurs mobilières, évite aussi les constructeurs. Ils doivent injecter d'importants capitaux dans leur développement, en plus d'avoir des obligations financières importantes envers leurs employés.

" Il y a tellement d'aubaines en Bourse en ce moment qu'il n'est pas nécessaire d'aller dans un secteur aussi risqué. Ça peut se révéler de fausses aubaines ", fait valoir M. Kent.

Des signaux pour reconnaître une reprise

Mieux vaut donc attendre une reprise du secteur avant d'y investir. Car reprise il y aura.

" L'industrie vit des bouleversements majeurs, mais c'est temporaire. N'oublions pas que le secteur a toujours été cyclique ", dit Dennis DesRosiers, président de DesRosiers Automotive Consultants.

Il s'attend à d'autre fermetures d'usines et même à des restructurations d'ici la fin de 2009, puis à de bonnes nouvelles en 2010 et en 2011. La reprise devrait avoir lieu autour de 2012, croit M. DesRosiers.

M. Durand s'attend à une reprise un peu plus tôt que M. DesRosiers, soit dans un an et demi ou deux. Il prévoit que le cycle actuel, amorcé en 2005, durera cinq ans, alors qu'en moyenne, les cycles durent deux ou trois ans.

Un regain des ventes mondiales et la fin des pertes financières peuvent servir de signaux d'achat aux investisseurs, selon lui. Les constructeurs américains devront toutefois adapter leur offre de produits avant d'être intéressants.

Pour sa part, Martin Gagné, gestionnaire de portefeuilles, actions nord-américaines, chez Mirabaud Gestion, surveillera trois facteurs aux États-Unis avant d'envisager un investissement dans le secteur.

L'indice de confiance des consommateurs devra augmenter, le taux de chômage devra cesser de grimper et le revenu disponible devra réaccélérer sa croissance. Ces trois conditions devraient assurer une reprise des ventes d'automobiles, croit-il.

De son côté, Kevin Tynan, analyste chez Argus Research, s'attend à des changements importants dans les coûts de production. " Tout le monde perd lorsque les coûts de production empêchent les constructeurs d'être rentables, y compris les syndicats. " Les syndicats seront plus flexibles lors de la négociation de leur prochaine convention collective.

Par ailleurs, les États-Unis pourraient offrir des incitatifs fiscaux aux constructeurs étrangers pour accroître la production en sol américain et revitaliser l'industrie.

" Ça peut prendre 5 ou 10 ans avant qu'on voie les coûts de production diminuer de façon significative ", prévient toutefois M. Tynan.

Les constructeurs doivent adapter leurs produits

Avec la flambée du prix du pétrole, les consommateurs se tournent vers des véhicules moins gourmands, un changement d'habitude majeur chez les Nord-Américains.

Moins de la moitié des véhicules vendus en Amérique du Nord sont produits par des constructeurs américains. " La dégringolade peut durer encore un à trois ans et leur part de marché future est encore impossible à déterminer ", souligne Dennis DesRosiers.

Les constructeurs américains ont été pris de court par la demande soudaine de véhicules moins énergivores, explique le consultant : " Les consommateurs n'ont jamais changé d'idée aussi vite : il y a six mois, ils réclamaient encore de gros véhicules ! "

Les constructeurs conçoivent leurs véhicules à partir de plateformes qu'ils utilisent pendant sept ou huit ans. Cette structure de base est utilisée pour construire des modèles différents, et même des marques différentes. Tous les véhicules issus d'une plateforme ont la même largeur, le même empattement et, parfois même, un châssis-coque identique. Difficile dans ces conditions de mettre rapidement en marché un véhicule vraiment différent.

" Les importateurs profitent de cette situation, puisqu'ils s'adressent déjà au marché des petits véhicules ", explique M. DesRosiers.

Le virage dans les préférences des consommateurs a d'importantes conséquences sur la rentabilité des constructeurs américains.

Par exemple, GM réalise en moyenne un bénéfice avant impôt de 8 000 à 9 000 $ sur une camionnette, comparativement à 3 000 $ sur une auto de taille standard.

Et la tendance durera. " Les préoccupations environnementales ont démodé les véhicules énergivores, et on ne reviendra pas en arrière ", affirme M. Tynan. Selon lui, seule la vitesse du changement variera en fonction du prix du pétrole. Les technologies des constructeurs, surtout en matière d'énergie, sont maintenant son principal critère d'évaluation pour évaluer la qualité de leur titre.

Freinés par la hausse des coûts

Par ailleurs, la hausse marquée du prix de l'acier et du plastique oblige les constructeurs à augmenter leurs prix, ce qui nuit à leurs ventes. Et ils doivent quand même absorber une partie de la hausse du prix des matières.

" Forts ou affaiblis, les constructeurs ont tous des marges sous pression à cause du prix des matières premières et des exigences environnementales. Et ça risque d'être pire que prévu ", conclut M. Whiston.

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