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IGA et Loblaw viennent de remplacer l'eau minérale gazeuse maison par une eau étrangère. C'est dérangeant. Auparavant, le fournisseur était québécois; il s'agissait de Saint-Justin, qui a sa source à Maskinongé ! C'est là un autre volet de la mondialisation, je présume, où l'on pense en gros volumes et en standardisation. Pour les ampoules, les stylos ou les barreaux de chaise, je veux bien. Mais lorsqu'il s'agit de nourriture, mes sens se rebiffent. Sauf que mon portefeuille, lui, est disposé à négocier. C'est l'éternelle question : à partir de quand les aubaines ont-elles moins bon goût ? Vaut-il mieux payer plus cher pour être sûr de bien manger ?
Et il faut encore en avoir les moyens. Vous rappelez-vous l'époque où les tomates en serre du Québec étaient hors de prix ? Aujourd'hui, productivité aidant, elles sont abordables et on ne fait pas la grimace en les dégustant. Au contraire. Idem pour bien des bières des microbrasseries. Et les fromages. Et les pains artisanaux. Bien sûr, on n'en mange pas tous les jours.Certains de ces produits, comme les fromages, ne sont pas donnés, mais quand l'occasion se présente... Et pas besoin d'être ultranationaliste pour voter en faveur de la proximité alimentaire. C'est un mélange d'économie, de politique et d'environnement.
Encore que la notion d'empreinte écologique réserve des surprises. Deux chaînes de supemarchés français, Leclerc et Casino, ont commencé à indiquer sur l'étiquette de certains produits le niveau de cette empreinte à la suite des résultats de l'analyse du cycle de vie (ACV) simplifiée, une norme en matière de développement durable. Ainsi, 50 000 produits alimentaires sont déjà étiquetés dans les marchés Leclerc. Le bilan carbone, en grammes de CO2, est inscrit à côté du prix, rapportait en avril le site Vision Durable, mis en ligne par Transcontinental, éditeur du journal Les Affaires.
Et vous savez quoi ? L'empreinte est parfois moins grande pour des produits qui arrivent de plus loin, par bateau, que pour ceux qui sont acheminés sur quelques centaines de kilomètres par camion. Sur le plan énergétique, un bateau est bien plus efficace qu'un camion. Les émissions de gaz à effet de serre sont proportionnellement moindres et l'empreinte des produits transportés s'en trouve diminuée.
Tout n'est donc pas tout noir ou tout blanc. On convient que, dans la plupart des cas, les produits qui ont poussé au Québec ont meilleur goût - pour autant qu'on puisse les trouver. À cet égard, les tablettes des supermarchés sont rarement attrayantes. Les producteurs locaux arrivent difficilement à rejoindre les consommateurs.
Alors, pourquoi ne pas aller les déguster chez les producteurs, ou tout au moins dans leur région ? Si vous prévoyez voyager au Québec cet été, pourquoi ne pas en profiter pour donner une saveur gourmande à vos excursions ?
Voici quelques suggestions. Et avec votre permission, je mettrai de côté les fromages, qui ont déjà beaucoup fait parler d'eux.
Le boeuf à l'herbe de l'Abitibi. L'été, en Abitibi, les jours sont longs. Le soleil brille longtemps dans le Nord. Résultat : l'herbe y est d'une qualité différente, riche et goûteuse, surtout que la terre noire est très fertile. Des chercheurs de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ont travaillé à produire des bovins nourris exclusivement à l'herbe, sans antibiotiques ni hormones de croissance. Des producteurs ont pris le relais. La viande, paraît-il, est exquise. Elle est maintenant offerte sous l'appellation Boeuf VitaliPré. Je n'y ai pas encore goûté, mais à ma prochaine visite dans la région, je m'offrirai certainement un steak...
L'agneau aux algues de Bonaventure. Les prés du bord de la baie des Chaleurs, en Gaspésie, sont vastes et salés. Cette région a toujours eu une vocation agricole, mais la population y étant clairsemée, elle ne peut assurer à elle seule la rentabilité des productions plus sophistiquées. Mais si on mise sur la valeur ajoutée, il devient possible d'élargir le bassin de consommateurs et de rentabiliser ces exploitations. C'est ainsi qu'est née l'idée de l'agneau aux algues, au goût bien plus délicat que celui qui nous arrive de Nouvelle-Zélande. Une coopérative de producteurs s'est formée. Leurs troupeaux commencent à grandir. Et c'est bon ! (J'y ai goûté !)
Les moules bleues des Îles. Longtemps commercialisées sous la marque des moules de l'Île-du-Prince-Édouard, les moules du Québec, et particulièrement celles des Îles-de la- Madeleine, commencent à s'émanciper et méritent bien un court-bouillon maison. Délicieux et pas chers, ces mollusques font tranquillement leur chemin vers nos tables. Il était temps qu'on apprenne, nous aussi, à cultiver la mer.
Je vous parlerais bien aussi de l'agneau de Charlevoix, des canneberges de Lotbinière, du canard du lac Brome, de la mactre de Stimpson, ce mollusque de la Côte-Nord... La liste pourrait s'allonger, mais je préfère vous laisser dresser votre propre itinéraire gourmand. Pour vous mettre en appétit, Les Affaires publiera dès la semaine prochaine une série estivale intitulée " De l'innovation dans votre assiette ". À déguster avec un rosé !
rene.vezina@transcontinental.ca