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Le 4 mai dernier, lors de l'assemblée annuelle de Berkshire Hathaway, Warren Buffett, qui a construit sa fortune colossale grâce à son flair des affaires, a prédit que la montée du huard se poursuivra ; autant prendre le taureau par les cornes et réagir énergiquement, plutôt que de se lamenter et de rentrer la tête dans les épaules en attendant la baisse du dollar. Ce numéro spécial, qui vous offre le classement des 300 plus importantes PME du Québec, est entièrement consacré aux stratégies qui permettent de profiter d'une monnaie forte. Bon nombre réagissent comme si la puissance du dollar canadien était une catastrophe, la huitième plaie d'Égypte qui se serait abattue sur nous sans crier gare. Sans vouloir en minimiser l'impact, disons tout de même que c'est avoir la vue courte. N'oublions pas qu'il y a plus de 150 ans, le dollar a été créé à parité avec son grand frère américain. Il a atteint 2,77 dollars américains pendant la guerre de Sécession, 1,10 dollar pendant la Deuxième Guerre mondiale, et presqu'autant au début des années 1970. En élargissant encore un peu plus notre champ de vision, nous constatons que d'autres économies prospèrent en dépit d'une monnaie forte : dans ce numéro, vous lirez le cas de PME américaines, suisses et britanniques. Pourquoi, en effet, réinventer la roue quand on peut profiter de l'expérience des autres ? La preuve, c'est que des entreprises de chez nous ont su faire du dollar fort l'atout majeur de leur stratégie d'affaires. (Les entreprises citées dans les reportages de ce numéro sont accompagnées, le cas échéant, de leur rang au sein du classement des 300 plus importantes PME du Québec.)
Nous avons bien aimé l'idée qu'une monnaie forte soit un facteur stimulant pour les PME allumées, un tremplin vers l'accroissement de leur compétitivité. Le témoignage des dirigeants que vous lirez dans ces pages confirme qu'une monnaie forte offre également aux entreprises un avantage redoutable : la capacité de s'offrir à bon prix les machines et les équipements nécessaires à l'augmentation de leur productivité, pour la plupart fabriqués à l'étranger. Ce serait péché que de ne pas en profiter, surtout quand l'industrie manufacturière ne paie plus de taxe sur le capital depuis le 13 mars dernier et qu'elle jouit en plus d'un crédit d'impôt à l'investissement variant de 5 à 40 %, selon les régions.
Pour remettre en contexte le phénomène du huard fort, qui a manifestement bon dos, ajouterons que le secteur manufacturier connaît un déclin constant depuis 30 ans : au Canada, l'emploi en usine représentait 19,1 % en 1976, 15,3 % en 1999 et 11,7 % en 2007. Cette tendance caractérise la majorité des pays industrialisés, que leur monnaie soit forte ou non.
Nous espérons que ce numéro nourrira vos aspirations d'entrepreneur, et nous vous laissons sur le mot d'Albert Einstein : "La vie, c'est comme une bicyclette : il faut avancer pour ne pas tomber".
marie.quinty@transcontinental.ca
claude.beauregard@transcontinental.ca