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Évidemment, les Québécois se réjouissent d'avoir une monnaie forte, particulièrement les consommateurs et les importateurs. Jusqu'à présent, l'envolée du huard est loin d'avoir asphyxié l'économie du Québec. À preuve, en 2007, 86 300 emplois (+ 2,3 %) ont été créés dans la province, soit plus de 1 500 emplois par semaine. Cette croissance est la plus importante des quatre dernières années. Les consommateurs québécois, principaux bénéficiaires de la hausse du dollar, sont aux anges. Ils touchent de bons revenus, paient moins cher pour les produits importés et voyagent à l'étranger à rabais. Qui plus est, la chute généralisée des prix sera progressive, c'est-à-dire que les prix continueront de baisser au fur et à mesure que les stocks des commerçants s'écouleront.
Chez les concessionnaires automobiles, cependant, les prix des nouveaux modèles 2008 tiennent déjà compte de la vitalité du dollar. "À caractéristiques égales, le consommateur n'a plus avantage à acheter une voiture aux États-Unis", affirme Jean-Claude Gravel, propriétaire de Gravel Automobiles (26e).
Comme les réductions de prix surviennent presque simultanément chez la plupart des détaillants, les conséquences sur l'achalandage devraient toutefois être assez minimes. "On parle d'une légère augmentation du chiffre d'affaires", dit-il.
Les statistiques sur l'emploi pointent dans la même direction. En 2007, l'emploi a diminué légèrement dans le commerce de détail (- 2 900). En revanche, au cours de la même période, 20 400 postes ont été créés dans le commerce de gros. "Les grossistes bénéficient davantage de l'appréciation du dollar, car ils importent la plupart du temps des biens de l'étranger et les revendent sur le marché local", souligne Simon Prévost, porte-parole de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). D'où les résultats de l'enquête trimestrielle menée par cet organisme qui révèlent que les grossistes comptent pour une grande partie des 17 % de PME québécoises voulant une devise encore plus forte. En fait, tous les importateurs québécois profitent de l'appréciation du dollar, même - dans une certaine mesure - les manufacturiers qui achètent de l'équipement et de la machinerie à l'étranger pour accroître leur compétitivité.
Il ne faut toutefois pas s'illusionner : dans bien des cas, l'impact est à peine perceptible.
Richard Azzi, responsable du marketing chez La Capsule Sportive (336e), une chaîne de boutiques de vêtements de sport établie au Québec et en Ontario, soutient que les produits importés auront un effet négligeable sur les affaires. Même son de cloche à la Coopérative des techniciens ambulanciers de la Montérégie (CETAM), qui bénéficie indirectement de la force de notre devise en faisant des économies sur des biens importés par ses fournisseurs québécois et canadiens. "Cela touche seulement une fraction des 400 000 dollars d'achats réalisés sur des dépenses courantes de 20 millions de dollars par an", explique son PDG, Mario Gagné.
Pas étonnant, dans ce contexte, que le sondage de la FCEI indique que 47 % des PME québécoises n'ont aucune préférence quant à un dollar faible ou fort. "Notons que les sous-secteurs qui se sont davantage dits neutres sont les services d'hébergement, les courtiers immobiliers, le domaine de la construction, les secteurs de la santé et de l'éducation, et les services de gestion d'entreprise", dit Simon Prévost.
Cela comprend évidemment les PME qui ont un marché local captif, c'est-à-dire les petites PME de services, comme les garages, les salons de coiffure et les restaurants de quartier. Généralement, ces micro-entreprises sont heureuses tant et aussi longtemps que le consommateur dépense.
Beaucoup de ces entreprises de services ont embauché massivement en 2007, en particulier celles qui évoluent dans le secteur de l'hébergement et des services de restauration (+ 21 700), et celles qui offrent des services professionnels, scientifiques et techniques (+ 15 000). Toutefois, il est important de noter que près de la moitié des emplois créés en 2007 l'ont été sous la forme de "travail autonome" et donc, de postes moins solides. Le secteur du travail autonome a ainsi permis de faire travailler 49 600 personnes de plus (+ 9,9 %) l'an dernier.