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Pour la première fois depuis 25 ans, les économistes évoquent la stagflation. Et les investisseurs sont nerveux. Pour les 45 ans et moins, parler de la menace de l'inflation, c'est comme évoquer des histoires de grands-mères. On peut difficilement leur reprocher leur scepticisme : entre 1980 et 2008, l'indice des prix à la consommation du pays a connu une hausse d'à peine 3,5 % par an (2,2 % entre 1990 et 2008). Les plus âgés se rappellent pourtant assez bien que, de 1970 à 1975, le taux d'inflation dépassait 7 % par an au Canada (6,6 % aux États-Unis), atteignant un record de 12,5 % en 1981. Voyant leur pouvoir d'achat fondre comme neige au soleil, les jeunes retraités se demandaient alors s'il ne valait pas mieux retourner sur le marché du travail afin de ne pas finir à la rue. Le hic, c'est qu'un autre problème surgissait au même moment : en plus d'une inflation galopante, deux récessions successives ont frappé le pays, accompagnées d'un taux de chômage qui a grimpé à 13 % à la fin de 1982. La stagflation, un terme issu de la contraction des mots " stagnation " et " inflation ", venait de faire son apparition.
Pour la première fois depuis un quart de siècle, nous sommes confrontés à un ralentissement économique doublé d'une hausse inquiétante des taux d'inflation. Aux États-Unis, l'augmentation des prix a dépassé 4 % en 2008, le taux le plus élevé en dix ans. Des puissances émergentes comme la Chine (8,5 %), la Russie (14 %), l'Inde (7,8 %) et le Brésil (5 %) ont des taux d'inflation qui pourraient déboucher sur une stagnation économique comme celle que les pays riches ont connue durant la décennie 1970. Au Canada, l'inflation s'établit à moins de 3 %. Mais avec les prix de l'énergie qui ont décuplé en 10 ans, nous ne pourrons pas échapper à un problème qui touche plus de la moitié des pays de la planète.
Dans un contexte d'inflation élevée, certains s'en sortent mieux que d'autres. Dans les années 1970, par exemple, les travailleurs syndiqués jouissaient d'un salaire indexé au coût de la vie. Si vous aviez obtenu une hypothèque à 5 % d'intérêt pour votre maison, et que l'inflation moyenne était de 5 % par an au cours des dix premières années du remboursement, cela signifiait que vous n'aviez que le capital à payer.
Bon nombre d'hommes d'affaires ont eu la chance de profiter de la période inflationniste des années 1970 pour se construire une jolie fortune, car ils pouvaient emprunter des millions de dollars à des taux parfois inférieurs à ceux de l'inflation (comme si la banque vous prêtait en vous donnant 2 ou 3 % d'intérêt par an sur l'argent emprunté), et investir tout ce capital dans des actifs industriels ou immobiliers dont la valeur croissait sans problème au rythme de l'inflation. Aujourd'hui, en Russie, vous pouvez emprunter à un taux de 8 %, alors que l'inflation se situe à 14 %. Une aubaine incroyable.
L'inflation fait des gagnants et des perdants. Chez les particuliers, les gagnants sont généralement les débiteurs qui voient leur dette s'alléger quand ils ont emprunté à taux fixes, et tous les ménages qui peuvent indexer leurs revenus sur l'inflation. Les perdants sont les épargnants qui détiennent des titres à revenus fixes, et tous les travailleurs, notamment les non-syndiqués, qui ne peuvent indexer leurs revenus à l'inflation. Et si jamais les banques centrales décident d'augmenter leurs taux d'escompte pour juguler la hausse des prix, vous pouvez être certain que les investisseurs voudront payer pas mal moins cher que les ratios cours-bénéfice actuels pour acquérir des actions. En somme, ce ne sont pas des nouvelles très réjouissantes pour les détenteurs d'actions.
Parmi les entreprises, les gagnantes sont celles qui peuvent emprunter pour investir judicieusement, qui réussissent à contenir leur masse salariale et qui peuvent augmenter leurs prix sans perdre des parts de marché. Les perdantes sont celles qui n'ont aucune prérogative à ces trois chapitres.
Si vous n'avez pas peur du marché des actions, visez les sociétés qui s'en sortent le mieux en période inflationniste.