Les Québécois sont paresseux et travaillent
moins que les gens d'ailleurs. Notre qualité de vie passe
avant toute autre chose. La conciliation travail/famille ainsi que
la conciliation travail/loisir font partie de nos valeurs plus que
partout ailleurs en Amérique du Nord.
Tout ce qui précède est vrai. Et nous devrions
être fiers d'accorder de la valeur à la qualité
de vie, aux loisirs et à la famille. Une
société qui prend le temps de s'occuper de ses
enfants, de les instruire, de développer des cerveaux et de
penser devrait en principe être une société
plus forte. Le problème n'est pas que nous aimons trop la
bonne vie. C'est que nous manquons d'intelligence.
Rappelez-vous le débat des lucides contre les solidaires
: tout ce que la population a retenu du discours des premiers,
c'est le passage où Lucien Bouchard a dit que si nous
travaillions plus dur, nous serions plus riches. Il est
réductionniste et dangereux de s'en tenir à cette
seule réflexion. Et c'est malheureusement tout ce que les
Québécois comprennent de la notion de
productivité : travailler plus dur. Avec les
conséquences que l'on connaît. Sur le plan de la
compétitivité, le Canada a glissé du
troisième au onzième rang des pays
développés, selon un rapport du Conference Board du
Canada publié il y a quelques semaines. Il est urgent que
l'on comprenne ce qu'est la productivité et comment on
l'améliore.
L'homme n'est pas une machine. Si votre stratégie consiste
à travailler plus dur, vous plafonnez rapidement. Dans les
pays du Tiers-Monde, beaucoup travaillent d'arrache-pied et
retirent très peu de leur labeur. Je ne dis pas que nous ne
pourrions pas prolonger notre semaine de travail de quelques
heures, mais l'effet serait marginal. Notre
compétitivité continuera de glisser et nous nous
ferons quand même dépasser.
Nous ne pouvons vendre plus de 24 heures dans une journée,
mais notre expertise, elle, se revend à l'infini. Ce ne sont
donc pas des heures qu'il faut ajouter à notre
journée de travail mais bien de l'intelligence. Innovons,
ajoutons de la valeur et de l'intelligence à ce que nous
produisons ! Nous avons tous les atouts pour y parvenir : la
stabilité politique et économique, un accès
direct au plus grand marché du monde (les États-Unis)
dans un cadre concurrentiel idéal (le libre-échange),
une population instruite, des universités et des centres de
recherche de qualité, ainsi que de grands donneurs d'ordres
dans des secteurs d'avenir. Comment pouvons-nous nous retrouver au
onzième rang ? Ça ne me désole pas, ça
me choque !
J'en ai marre d'entendre les Québécois dire que la
mondialisation nous forcera à travailler aussi dur que les
Chinois. Nous perdons la bataille de la compétitivité
parce que nous ne la comprenons pas. Prospérité
économique et qualité de vie ne sont pas
incompatibles ! Si c'était le cas, expliquez-moi pourquoi
certains pays scandinaves nous dépassent en matière
de compétitivité ? N'ont-ils pas de très longs
et généreux congés parentaux ? Leurs
programmes sociaux ne sont-ils pas cités en exemple ?
Il n'y a qu'une solution pour sortir du bourbier dans lequel nous
sommes : déployer une stratégie de
développement économique fondée sur
l'innovation. Utilisons tous les atouts que j'ai cités plus
haut et innovons dans tous les secteurs. Cependant, prendre cette
avenue suppose que ça ira plus mal avant d'aller mieux. Car
pour récolter, il faut investir, donc se serrer la ceinture
pendant quelque temps. Pouvons-nous l'accepter ? Nos gouvernements
ont-ils la vision et le courage nécessaires pour l'imposer ?
Je crains que non. Alors, on se rabat sur la pire approche :
lorsque certaines fermetures d'entreprises font trop de remous, on
annonce deux ou trois mesures " Band-Aid ". Le bobo est toujours
là, mais à court terme, on a rassuré la
population. Quel gaspillage ! Nous pourrions faire tellement
mieux... tout en continuant de profiter de la vie.