
Il y a les petits bonhommes verts qui nous collent des contraventions, et il y a les bas bruns qui viennent évaluer nos maisons au nom de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, mieux connue sous le nom de "SCHL". Ces fonctionnaires estiment généralement votre maison aux trois quarts de la valeur que vous lui accordiez. Mais ne vous en plaignez pas : ce sont eux qui ont protégé l'économie canadienne contre le dérapage que connaissent nos voisins du Sud.
Si vous avez acheté votre première
propriété avec une mise de fonds de seulement 5 %,
vous avez dû payer une prime à la SCHL pour obtenir
une garantie de vos paiements à la banque. En raison de la
taille et du statut d'organisme gouvernemental dont jouit la SCHL,
les banques ont du mal à la concurrencer dans le
marché des consommateurs moins fortunés. Autrement
dit, contrairement aux banques américaines très
présentes dans ce marché, les banques canadiennes ne
peuvent y accéder que si elles sont appuyées par une
garantie gouvernementale.
Du fait qu'elle est la propriété du gouvernement, la
SCHL a comme autre avantage de ne pas être soumise aux
contraintes liées à la Bourse. Ce n'est pas le cas de
Fannie Mae et de Freddy Mac, les deux soeurs américaines de
la SCHL. En fait, la première, créée par
Roosevelt au moment de son New Deal en 1938, a été
privatisée en 1968. La deuxième, Freddy Mac, a
été fondée en 1970 dans le but de faire
concurrence à Fannie Mae. Cotées en Bourse, Fannie
Mae et Freddy Mac étaient vulnérables à une
éventuelle crise de confiance dans l'immobilier. C'est
exactement ce qui s'est produit : après avoir perdu
confiance dans ce marché, les actionnaires de Fannie Mae et
de Freddy Mac ont massivement vendu leurs actions, entraînant
alors une très forte baisse de la valeur de ces entreprises.
Le gouvernement étant le seul et unique actionnaire de la
SCHL, cet organisme n'est pas soumis aux états d'âme
des spéculateurs.
Vous me direz que le gouvernement américain a finalement
pris le contrôle de Fannie Mae et de Freddy Mac. En fait, il
s'est placé en garantie et a changé les patrons de
ces sociétés au début de septembre, mais les
hypothèques dans les portefeuilles n'appartiennent pas au
gouvernement. Ces entreprises demeurent en Bourse, malgré
l'intervention massive de l'État. Autrement dit, le
gouvernement s'en porte garant, mais ne profite pas du potentiel de
gains, qui appartient aux détenteurs d'actions.
Nos économistes, qui chantent habituellement les vertus du
marché, ont dû se raviser. Ils acceptent maintenant de
parler d'un nécessaire renforcement de la
réglementation. L'expérience canadienne devrait les
pousser à favoriser l'intervention du gouvernement. Elle
nous enseigne que dans certains marchés, comme celui des
prêts aux moins nantis, le gouvernement doit lui-même
être en affaires pour éviter de fragiliser toute
l'économie.
Il y a aussi un autre avantage à ce que le gouvernement
finance les maisons des plus démunis : ceux-ci ne seront
plus exploités par les banques. N'oublions pas que les
institutions bancaires américaines ont prêté de
l'argent à ces pauvres gens à des taux abusifs, et
que c'est cette pratique qui a créé la bulle
immobilière. À bien y penser, nous devons nous
compter chanceux d'avoir nos "bas bruns" de la SCHL.
François Rebello s'intéresse aux questions
d'investissement responsable et a été PDG du Groupe
investissement responsable jusqu'en mars 2007. En 2005, il a
voté dans plus de 500 assemblées
d'actionnaires.